Armelle Nianga. Réponse @ Emmanuel Barthe: Le web 2.0 et l’édition juridique : Le droit peut il se passer d’éditeur ? Non [mais on le savait déjà] !

Voici ma réponse à la brève consacrée à mon mémoire de recherche [dans sa troisième version] publiée le dimanche 17 avril 2011 [ il en existe 5 à ce jour (au 26 avril 2011.... ) : la première (1), la deuxième (2) et la troisième version (3) précédant mon billet ; la quatrième (4) et la cinquième (la version actuelle), lui étant postérieures ] par le documentaliste-juriste et blogueur Emmanuel Barthe sur le site precisement.org : le blog juridique serait  un média moins rigoureux que les revues scientifiques certes, mais un média chaud, un média libre, un média de débat [et toujours fiable...?] : Mais, ce débat [lorsque débat, il y a...], le-fait-il toujours avancer ? Trop peu de rigueur, ne nuit-il  pas à trop de liberté [ (1) (2) (3) (4) (5) ]...?

 

Vous trouverez le texte en cache (et en clair: avec  liens), juste ici : link [malheureusement le cache a été supprimé].

 

"Armelle Nianga. Réponse @ Emmanuel Barthe : Le web 2.0 et l'édition juridique : le droit peut-il se passer d'éditeur ? Non [Mais, on le savait déjà]

 

"Ce mémoire confirme ce que l’on savait déjà : in fine, les blogs et autres applications web 2.0 ne remplacent pas la doctrine/les éditeurs.": link

 

Pour l'avoir rédigé, je dois vous avouer être quelque peu surprise par ces conclusions : 251 pages : link, link , pour en arriver là ! J'aurais sans doute eu beaucoup mieux à faire de mon été...!

 

Non, ce mémoire, qui est le mémoire d'une étudiante de master 2 (et non celui de ses directeurs de mémoire : qui jusqu'à preuve du contraire, les dirigent, mais ne les écrivent pas !!!!), certes n'est pas parfait, mais s'inscrit (du reste, comme tous les mémoires !) dans une démarche de recherche, qui va bien au delà de la simple réponse formulée par un OUI ou par un NON à une question posée en titre ou en introduction (à savoir, dans notre cas, si la diffusion du droit peut ou non se passer des grandes maisons d'édition juridique), ce qui aurait, sans doute, été plus simple et m'aurait éxigé beaucoup moins de temps !

 

Non, ce que je voulais avant tout, comme je l'ai indiqué dans mon introduction : c'est dresser un état des lieux et tirer un bilan sur des situations qui n'avaient pas été envisagées depuis longtemps (Etant à préciser, que j'ai, fait un master 2 orienté presse et journalisme juridique et que j'ambitionne devenir journaliste).Et s'agissant, des blogs juridiques (puisque vous lancez le sujet), tout particulièrement, comprendre pourquoi les universitaires-juristes, se sont mis à bloguer ; se sont arrêtés de bloguer (comme le professeur Cedric Manara me l'a gentillement expliqué), et à quelles difficultés, ils se sont trouvés confrontées ? : Quelles difficultés rencontre un universitaire-juriste qui souhaite devenir son propre éditeur ?

 

Mais, peut être, le saviez-vous déjà...

 

Quoiqu'il en soit, mes conclusions ne sont pas les vôtres... D'ailleurs, les vôtres :

 

"Mon point de vue personnel : les appli du Web 2.0 sont des media de plus. Mais des media de débat ou de promotion, des media chauds, moins rigoureux certes, mais plus libres que les revues scientifiques. Chacun ses avantages et ses limites. Le Journal d’un avocat (Eolas) et d’autres blogs, comme celui des Cuisines de l’Assemblée, sont de haute tenue et font avancer les débats. L’épuisement des blogs universitaires, que le mémoire souligne fort à propos, n’empêche pas la vigueur de ceux de la plateforme du CNB ou encore la montée de la vidéo juridique. Le web 2.0 juridique permet aux particuliers (forums) et étudiants en droit de s’exprimer, aussi débutants soient-ils, il permet de remettre la politique juridique (cf le blog de Philippe Bilger) sur le devant de la scène, il permet aussi aux avocats de se mettre en avant."

 

Je ne les partage pas !

 

 

Et ce, pour la simple est bonne raison, qu'il me semble difficile, à ce point, de synthétiser, même réduits aux blogs juridiques, le phénoméne des blogs...

 

D'abord, comme l'expliquait (et s'agissant des blogs juridiques) il y a peu, le professeur Jérôme Bonnard (ce qui est un second objet de mon mémoire), parce qu'il y a autant de pratiques du blog (en termes de diffusion, raisons de diffusion, et qualité de l'information) que de blogueurs : certains blogs diffusent de bonnes informations ; d'autres de mauvaises informations...

 

Ensuite, principale et majeure raison, parce que tous ne sont pas susceptibles de concurrencer l'information délivrée par les grandes maisons d'édition (juridique, j'entends) !

 

Seuls les blogs des universitaires-juristes (à quelques exceptions près, et plus largement des auteurs de l'édition), dont j'ai selon vous, "fort à propos souligné l'épuisement", le sont ! (Ce qui était l'objet de mon questionnement et de mon sujet de mémoire !)

 

Epuisement qui, il est vrai, a suscité mon intérêt et attention...


 

L'épuisement des (blogueurs-)universitaires-juristes.


 

"Sans concurrencer les revues traditionnelles, les blogs contribuent donc - et contribueront davantage encore à l'avenir - à dessiner le paysage éditorial juridique. Cette contribution est placée sous le signe d'une double ouverture : Ouverture vers le grand public, certes, mais aussi vers les décideurs publics, potentiellement plus sensibles aux échos suscités par un billet publié sur un blog et abondamment relayé qu'à l'impact - nécessairement différé - d'un article destiné à la seule communauté scientifique des juristes. Ouverture vers la communauté universitaire aussi, car les blogs favorisent le travail en réseau et la discussion collective. Ils participent d'une meilleure diffusion de la science juridique en permettant à ceux qui ne la fréquentent pas habituellement d'y avoir accès : ils évoquent en ce sens la « vulgarisation scientifique » que pratiquent depuis de nombreuses années nos collègues des sciences expérimentales.", Professeurs Frederic Rolin et Dimitri Houtcieff ("Blogs juridiques contre édition juridique traditionnelle : concurrence ou complémentarité ?": Recueil Dalloz 2006).

 

« La "prédiction" qu'ont faites mes collègues Rolin et Houtcieff l'a été dans une période d'effervescence dans la "prise de plume électronique" et l'émission d'opinions. Quatre années plus tard, on se rend compte que cette période de bouillonnement est passée, les auteurs s'étant épuisés - à commencer par Frédéric et Dimitri », Professeur Cedric Manara (Mémoire "le web 2.0 et l'édition juridique : le droit peut-il se passer d'éditeur ? : année universitaire 2009-2010 : link).

 

 

Les raisons de l'épuisement de la blogosphère.


Les raisons de l'épuisement des blogueurs sont clairement exprimées par Fréderic Rolin (Blog Frederic Rolin : 100 ème note, un bilan, des perspectives):

 

1) Un blog est une charge de travail et exige du temps qu‘il est difficile aux universitaires de trouver.

 

« Même si mon tempérament compulsif, le peu de temps et de soin que je prends à la relecture, et une envie de m’exprimer sur tout (ah la récente amnistie d’un médaillé olympique, que de titres vengeurs sous les doigts, de stratégie de contestation à l’esprit…) me permettent d’écrire de manière relativement abondante dans un espace de temps limité, il ne faut pas se leurrer : la gestion de ce blog représente une charge significative, et jamais moins de 4 à 5 heures par semaine. Je me demande donc combien de temps je pourrai soutenir ce rythme, en particulier lorsque je vois se dessiner mon ou mes emplois du temps de l’année prochaine. »

 

2) Avec l‘idée que tout ce temps et ce travail ne leur rapportent pas toujours le succès qu‘ils escomptaient. Or un universitaire, y compris sur un blog, écrit avant tout pour être lu.

 

« J’en vois des qui sourient, en lisant ces lignes, des qui me connaissent et qui demeurent dubitatifs à l’idée que je puisse avoir des doutes sur l’intérêt de mes écrits. Pourtant, sur bon nombre de notes publiées, le faible nombre des commentaires, les statistiques de consultation limitées (il faudrait dire à quel point le blogueur est intoxiqué par ces statistiques…) révèlent un faible intérêt, alors même que j’y avais investi une énergie significative (un récent exemple cuisant : la note sur Aucoc dans Gallica, pour laquelle j’avais relu sur écran tous les t extes pour en faire la sélection. Total près de cinq heures de travail). A quoi bon alors ces notes qui ne sont pas lues. »

 

3) Ce à quoi il faut ajouter que les blogs sont souvent devenus avec le temps, davantage les lieux de commentaires indésirables, que ces lieux de discussions à haute teneur juridique, que leurs débuts avaient laissé présager.

 

« Par tempérament, je suis enclin à laisser chacun responsable de ces opinions, et donc à être défavorable à toute censure. Mais, dans le même temps, je suis conduit à faire un triple constat : 1 – pour être responsable, encore faut-il être identifiable, or tel n’est pas le cas des commentaires sous pseudonyme ; 2 – Ce blog a été conçu comme un espace de liberté. Chacun peut y amener ce qu’il souhaite, y compris sur une tonalité polémique, et je me garderai bien d’en faire grief à quiconque puisque j’y concours moi-même. Il n’en reste pas moins qu’il y a une frontière entre polémique et calomnie, entre liberté et ragot. Je constate de plus en plus, dans des discussions avec collègues et étudiants, un certain scepticisme vis-à-vis de la démarche « blog », lié en particulier à ces problèmes. Le « blog » est perçu comme un genre « impur », qui permet des attaques ad hominem plutôt que la construction de réflexions sur des questions d’intérêt commun. »


 

Pourquoi les blogs des universitaires n'ont pas concurrencé l'édition ?


 

Le Blog de Fréderic Rolin nous fournit, on l‘a vu, l‘exemple d‘une blogosphère susceptible, indépendamment de la volonté de ses auteurs, en termes de contenus et au vue de la pérennité qu‘elle leur assure, de concurrencer les revues de l'édition.

Toutefois, il est également celui de l‘épuisement d‘une blogosphère qui eu égard à ses fonctions, le métier qu‘elle exerce, peut difficilement s‘adonner aux commentaires à chaud propres aux blogs et se heurte aux dures réalités du métier d‘éditeur.

Entretenir un blog juridique leur demande du temps, parce que les universitaires soignent la qualité de leur rédaction et prennent le temps, même lorsqu‘il les disent a disent à chaud de poser et mûrir leurs réflexions.

 

Ainsi, ce que pointe et dénonce Fréderic Rolin: ce travail de sélection, ce temps, les articles non lus, peu lus ou mal accueillis sont, en fait, les difficultés inhérentes à tout travail d‘édition auxquelles est confronté quotidiennement tout éditeur :

 

Un éditeur sélectionne et trie dans la masse d‘information juridique disponible, commercialise et publie, mettant ainsi à disposition les contenus qui résultent de son travail de tri et sélection,

-Et ne rencontre pas toujours le succès qu‘il escompte.

 

Certains ouvrages ne sont pas lus ou le sont à peine…

 

A noter cependant que dans l‘édition, ce risque est compensé par les avantages financiers que les éditeurs retirent: l‘édition d‘ouvrages à succès compense celle de ceux qui n‘en ont pas connu…


Etant également à préciser, que si l‘aléa existe pour l‘éditeur comme pour le blogueur, le risque encouru par le premier dont le métier implique avant tout de connaitre les besoins et attentes de ces lecteurs est moindre…

 

Ce n'est ainsi pas à tort, mais par expérience que les éditeurs estiment que « l‘absence de profit est le critère assuré de l‘inexistence du besoin ».  

 

Les ayant étudiés, ils connaissent les attentes et besoins des publics de leurs marchés et s‘adaptent en permanence à leurs évolutions.

 

« Editer, c’est d’abord sélectionner des contenus en fonction de leur qualité intrinsèque et de leur intérêt présumé pour un public donné. […] L’éditeur juridique assure et assume cette fonction première de sélection », Charles Vallée.

 

 

Avec l'idée que les éditeurs ont l‘avantage du temps, du nombre et de la visibilité :

 

1)Trier et sélectionner ne leur requièrent rien de plus que le temps de leur métier.

 

2)Ils peuvent compter sur la collaboration d‘une multitude d‘auteurs.

 

3)Les produits des maisons historiques sont, on l‘a vu, très visibles.

 

 

Pourquoi les auteurs de l'édition ne peuvent se passer déditeurs ?

 

 

« L’expérience blog » a démontré que les auteurs de l’édition juridique ne peuvent se passer d’éditeurs. Ce que révélaient les solutions au maintien et à la pérennité de son blog qu’avait avancées Frédéric Rolin. Dans ces solutions transparaissent l‘aveu de ce qu‘un auteur soucieux et conscients de la qualité des contenus qu‘il veut publier ne peut, du fait de la profusion du droit, de la nécessité de le trier et le sélectionner, parce que ce n'est pas là son seul métier,et qu‘il ne peut seul en assurer la pleine publicité, se passer d‘éditeur.

 

Ainsi

 

1. Les solutions avancées par Frédéric Rollin appellent à la contribution de ses éditeurs pour assurer la promotion et la publicité des contenus de son blog.

 

« Il me semble que pour pouvoir se poursuivre, cette aventure que constitue la rédaction de ce blog suppose plusieurs développements. Le premier, qui est en cours de concrétisation, est un partenariat avec un éditeur juridique, Lextenso. Celui-ci devrait avoir, au moins dans un premier temps, trois composantes : la possibilité de créer des « liens profonds » vers les versions électroniques des revues diffusées par Lextenso (et je manquerai pas notamment, de m’appuyer sur la Revue du droit public qui est en ligne depuis quelques semaines, et qui est une revue regrettablement oubliée dans le Maëlstrom des publications « d’actualité ») ; l’insertion de blogs juridiques dans le moteur de recherche Lextenso, à côté des Revues précédemment évoquées, et un partenariat avec la librairie électronique LGDJ (j’essayerai notamment de mettre en ligne des ouvrages pointus ou les annonces de souscription de Mélanges). »

 

Frédéric Rollin ne cherchaient, en fait, par là qu‘à « labéliser » les contenus de son blog :

 

1)Les rattacher à « la famille » des produits de ses éditeurs,

 

2)Leur assurer par la même une plus grande visibilité,

 

3)Et leur permettre de bénéficier de la "présomption de confiance", qualité et fiabilité, qui est attachée aux produits des éditeurs juridiques.

 

« Toute contribution est apparentée à celles qui l’ont précédée, […] elle est inscrite dans une famille qui permet […] son identification par le lecteur, grâce à la mémoire qu’il conserve [de la] marque ou d’une collection. Celles-ci créent un véritable climat de confiance, fondé sur le caractère sérieux, exigeant, rigoureux, que l’on accorde à une marque» indiquait l’éditeur juridique Charles Vallée, s’agissant des produits portant la marque Dalloz.

 

 

2. Elles en appellent ensuite à la multitude d‘auteurs dont bénéficie l‘édition.

 

« Le second, tient à ce que j’aimerais passer, dans des conditions que je n’ai pas encore bien envisagées, d’un blog purement personnel a un blog « collaboratif », soit sous une forme institutionnelle (comme le blog droit administratif qui a deux co-auteurs) soit sous la forme de publication de notes sur « invitation » ou « proposition ».

 

Armelle Nianga, Auteur d'un mémoire, qui pose des questions, dont les réponses, vous les saviez déjà !, (qui vous avez pourtant précisé, que son mémoire se voulait avant tout descriptif (non exhaustif), tirait le bilan et dressait un état des lieux d'une situation dans une approche journalistique (cela, je l'avais peut-être oublié : mais quoi de plus normal, en effet, pour une étudiante qui ambitionne et rêve le métier de journaliste et a fait une formation pour y accéder (Le master 2 sociologie du droit et communication juridique : prépare aux métiers de la presse et du journalisme juridique) :

 

Ce qui ne vous a pas empêché de le lire... et d'en parler ! ;

 

Peut-être, a-t-elle été bien formée ; peut a-t-elle un peu réussi son travail de journaliste, ou tout au moins suffisament, pour capter votre attention (tout au long de ses 251 pages !)...

 

 

 

Bien à vous."

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